Dangers des drones pour les véhicules terrestres militaires
Les véhicules aériens sans pilote (Unmanned Aerial Vehicles ou UAV), mieux connus sous le nom de drones, sont devenus ces dernières années un élément central de la guerre moderne. Loin de servir uniquement à des fins de renseignement, ils servent de plus en plus à attaquer des cibles et représentent donc une menace croissante pour les véhicules terrestres blindés. Petits drones FPV (First Person View) maniables, munitions rôdeuses, drones tactiques de moyenne portée : la diversité des plateformes, des types de commande et des possibilités d’armement oblige les militaires à repenser en profondeur leurs concepts de protection.
Dans cet article de blog:
- Les drones changent la donne de la guerre terrestre
- Types de drones : classification et pertinence militaire
- Types de commande et de pilotage des drones
- Armement des drones : ogives et principes de fonctionnement
- Contre-mesures : les neutralisations soft kill et hard kill en détail
- Fusion de capteurs, IA et tourelleaux télé-opérés
- Intégration dans les systèmes de protection des véhicules
- Résumé
Les drones changent la donne de la guerre terrestre
Au cours des deux dernières décennies, les véhicules aériens sans pilote (UAV), qui étaient de simples plateformes de reconnaissance spécialisées, sont devenus l’un des principaux moyens d’action de la guerre moderne. Alors que les premiers systèmes de drones militaires étaient principalement utilisés pour le renseignement stratégique et les frappes aériennes de précision, la guerre en Ukraine, en particulier, montre une nouvelle qualité de l’utilisation des drones :
ces appareils sont aujourd’hui disponibles en grand nombre, relativement peu coûteux, rapidement adaptables et présents à presque tous les niveaux tactiques, des petites unités d’infanterie aux structures de commandement opérationnel.
L’un des changements majeurs réside dans le fait que les drones ne sont plus seulement utilisés comme des capteurs, mais comme des effecteurs directs. Les drones FPV kamikazes, les munitions rôdeuses, les systèmes de largage improvisés et les plateformes de plus en plus semi-autonomes permettent même aux petites unités d’attaquer de manière ciblée des véhicules blindés, des nœuds logistiques et des éléments de commandement. La possibilité d’attaquer des véhicules dans l’axe vertical permet de les toucher à des endroits où le blindage est souvent plus léger et où se trouvent des composants sensibles, ce qui est particulièrement critique.
Pour les véhicules terrestres militaires, cette évolution implique un changement fondamental de l’état des menaces. Les concepts de protection classiques, qui sont principalement centrés sur les menaces cinétiques telles que les armes antichars, les éclats d’artillerie ou les mines, ne suffisent plus à contrer de manière fiable la multitude de petits drones, plus rapides et souvent difficiles à détecter. La protection, le renseignement, le commandement et l’impact doivent aujourd’hui être davantage intégrés et adaptés de manière dynamique.
Types de drones : classification et pertinence militaire
Les drones peuvent être classés en plusieurs catégories en fonction de leur taille, de leur portée, de leur charge utile et de leur profil d’utilisation, chacune de ces catégories étant associée à des risques différents pour les véhicules terrestres militaires.
Petits drones et micro-drones
Les petits drones et les micro-drones sont souvent basés sur des plateformes multicoptères commerciales et ne pèsent que quelques kilogrammes. Leur faible signature visuelle, acoustique et radar les rendent particulièrement difficiles à détecter. Conçus à l’origine pour le renseignement et l’observation, ils sont aujourd’hui de plus en plus utilisés comme vecteurs de petites charges explosives ou de munitions à larguer. Ils peuvent s’approcher par surprise des véhicules et attaquer des composants sensibles, surtout dans les zones urbaines ou boisées.
Drones tactiques
Les drones tactiques de portée moyenne vont nettement plus loin et ont une autonomie de vol plus longue. Ils sont dotés de capteurs électro-optiques stabilisés et permettent une observation permanente du champ de bataille. Leur principale utilité réside dans la reconnaissance des cibles, leur attribution et la conduite de tir pour d’autres effecteurs. Même s’ils ne sont eux-mêmes armés que de manière limitée, ils accroissent indirectement la menace pour les véhicules terrestres en améliorant la reconnaissance et la coordination des forces adverses.
Drones FPV
Les drones FPV représentent actuellement l’une des menaces les plus immédiates pour les véhicules blindés. Le pilote manie le drone en s’aidant d’une caméra embarquée et peut ainsi effectuer des manœuvres de vol très précises. Rapides et peu coûteux, ces drones peuvent être utilisés en grand nombre. Leur capacité à détecter de manière ciblée des points faibles tels que des écoutilles ouvertes, des capteurs, des stations d’armement ou des blindages de toit est particulièrement dangereuse.
Munitions rôdeuses
Les munitions rôdeuses associent les propriétés des drones à celles des munitions de précision. Ces systèmes peuvent survoler une zone, identifier des cibles de manière autonome ou par l’intermédiaire d’opérateurs, puis attaquer de manière ciblée. Ils ont une plus grande portée et des ogives plus puissantes que les systèmes improvisés et sont fabriqués industriellement. Leur utilisation modifie considérablement la dynamique de combat, car ils créent une menace permanente au-dessus du champ de bataille.

(Illustration : munitions rôdeuses)
Véhicules aériens de combat sans pilote (UCAV)
Les véhicules aériens de combat sans pilote (Unmanned Combat Aerial Vehicles ou UCAV), ou drones de combat, opèrent principalement au niveau opérationnel et portent des missiles guidés ou des bombes de précision. Ils jouent un rôle moins important en ce qui concerne la protection immédiate des véhicules terrestres individuels, mais ils influencent la position stratégique globale et la supériorité aérienne.
Types de commande et de pilotage des drones
Le type de commande détermine en grande partie la portée, la vulnérabilité, la réactivité et les possibilités d’utilisation tactique d’un drone.
Avec la radiotélécommande classique, le drone est commandé directement par l’opérateur via une connexion radio. Cette technique simple et peu coûteuse permet de faibles latences. En même temps, elle est sensible aux interférences électroniques, aux limitations de portée et aux interruptions de signal, en particulier dans les environnements électromagnétiques très disputés.
La commande FPV élargit ce principe avec une transmission vidéo permanente en temps réel. Le pilote voit la zone d’intervention du point de vue du drone et peut ainsi naviguer et atteindre les cibles avec une grande précision. Ce type de commande permet des manœuvres complexes à proximité du sol, entre des bâtiments ou dans des zones boisées. Parallèlement, les systèmes FPV nécessitent une liaison radio stable, ce qui les rend particulièrement vulnérables au brouillage et aux perturbations. Néanmoins, cette forme de commande s’est avérée extrêmement efficace en raison de sa forte probabilité de toucher la cible et de ses faibles coûts.

(Illustration : drone FPV)
Les drones filaires ou à fibre optique (Fiberoptic Drone) pallient cette faiblesse en transmettant physiquement les données de commande et les données vidéo. Ils sont donc largement insensibles aux interférences radio et permettent une transmission stable de l’image, même dans des environnements électromagnétiques fortement perturbés. Leurs limites: leur portée restreinte, la vulnérabilité mécanique du câble et la liberté de mouvement réduite.

(Illustration : drone à fibre optique)
Les systèmes autonomes et semi-autonomes utilisent des capteurs de navigation, une orientation visuelle et, de plus en plus, des algorithmes basés sur l’IA pour exécuter de manière autonome des missions prédéfinies. Ils sont capables de respecter des points de passage, de repérer des obstacles et, dans certains cas, de classer des cibles. Ces systèmes ne nécessitent pas de liaison radio permanente, mais augmentent la complexité technique et imposent de nouvelles exigences en matière de sécurité, de contrôle et de cadre réglementaire.
La commande des munitions rôdeuses est une forme hybride. En règle générale, le système est d’abord guidé de manière autonome dans une zone d’intervention, où il circule de manière autonome et collecte des données. Un opérateur peut ensuite valider l’attaque, ou celle-ci peut être déclenchée automatiquement. Ce concept allie grande portée et haute précision, mais nécessite des capteurs robustes, des liaisons de données sécurisées et une logique de décision fiable.
Armement des drones : ogives et principes de fonctionnement
L’efficacité des drones par rapport aux véhicules terrestres militaires dépend fondamentalement de la charge utile utilisée. Les drones modernes peuvent transporter un large éventail d’ogives dotées de mécanismes d’action différents.
Les ogives à charge creuse créent un jet métallique dirigé qui peut également perforer l’acier blindé. Elles sont souvent adaptées à partir de systèmes de défense antichars existants ou modifiées spécialement pour l’utilisation de drones. Les charges creuses en tandem renforcent cet effet en franchissant d’abord les couches protectrices ou les blindages réactifs, puis en perforant le blindage principal.

(Illustration : drone RPG – Rocket-Propelled Grenade)
Les ogives à fragmentation agissent principalement contre les véhicules non blindés, les composants externes, les capteurs et les personnes. Même si elles entraînent rarement la destruction complète d’un véhicule, elles peuvent causer des défaillances de fonctionnement considérables et nuire durablement à la capacité opérationnelle.
Les projectiles formés par explosion (Explosively Formed Projectiles ou EFP) constituent des projectiles à grande vitesse avec une puissance de pénétration élevée et une plus grande distance de tir. Les charges thermobariques et incendiaires produisent des effets de pression et de chaleur intenses et visent en particulier à détruire les systèmes sensibles à l’intérieur du véhicule. Cette gamme est complétée par des charges explosives improvisées dont la qualité et l’efficacité peuvent toutefois varier considérablement.
L’angle d’attaque vertical est particulièrement critique : même les véhicules lourdement blindés disposent de blindages de toit relativement fins et sont dotés de composants exposés vulnérables à des attaques précises de drones.
Contre-mesures : les neutralisations soft kill et hard kill en détail
Les mesures soft kill visent à perturber, à les tromper ou à compromettre la capacité opérationnelle des drones sans les détruire physiquement. Les systèmes de brouillage électronique brouillent les fréquences de commande, les signaux de navigation et les liens vidéo. L’usurpation permet de forcer les drones à atterrir ou de les détourner en leur envoyant de fausses coordonnées. Ces mesures sont relativement rentables et évolutives, mais atteignent leurs limites dans le cas des systèmes autonomes ou filaires et peuvent également affecter les systèmes de communication propres.
Les mesures hard kill misent sur la destruction physique des drones. Les armes cinétiques classiques, telles que les mitrailleuses, les canons automatiques et les munitions programmables, sont de plus en plus complétées par des systèmes laser et à haute énergie qui permettent une action rapide et précise. Les drones intercepteurs constituent une extension flexible, car ils peuvent intercepter des menaces individuelles de manière ciblée et s’adapter à différents scénarios. Les mesures de protection mécaniques telles que les cages ou les filets offrent une protection passive contre les impacts directs, mais peuvent nuire à la mobilité et à l’efficacité des capteurs.
Les systèmes de protection active (Active Protection Systems ou APS) jouent un rôle particulier. Conçus à l’origine pour repousser les chars, ils se composent de capteurs et d’effecteurs qui détectent et neutralisent automatiquement les menaces aériennes. Les APS modernes sont de plus en plus conçus pour détecter et combattre même les petites cibles aériennes telles que les drones. Leur grande force réside dans leur temps de réaction extrêmement court et leur mode d’action autonome. Leur portée et leur volume d’action sont également limités et les erreurs de classification peuvent présenter des risques pour l’environnement immédiat. Ces systèmes montrent souvent leurs limites dans le cas de menaces survenant à proximité ainsi que d’attaques en essaim. Ils détectent également difficilement les drones FPV en raison de leurs changements de trajectoire rapides. Néanmoins, les APS constituent une dernière ligne de défense importante contre les impacts imminents.
Fusion de capteurs, IA et tourelleaux télé-opérés
La défense moderne contre les drones repose de plus en plus sur la mise en réseau de différents capteurs. Le radar détecte également les petites cibles à un stade précoce, les capteurs optiques et infrarouges permettent leur identification et leur classification, tandis que les systèmes acoustiques peuvent fournir des indications supplémentaires. La fusion des capteurs engendre un tableau cohérent de la situation sur la base duquel des décisions peuvent être prises rapidement.
Des algorithmes basés sur l’IA facilitent la détection automatique des cibles, la hiérarchisation et le suivi. Les tourelleaux télé-opérés (Remote Weapon Stations) peuvent utiliser directement ces données pour suivre automatiquement des cibles, effectuer des calculs de réserve et permettre un combat semi-autonome. Cela réduit considérablement le temps de réaction et la charge de travail de l’équipage.

(Illustration : poste d’armement téléopéré)
Intégration dans les systèmes de protection des véhicules
Les futurs concepts de protection des véhicules miseront sur une défense à plusieurs niveaux. Des contre-mesures électroniques, des systèmes de protection active, des effecteurs cinétiques et des capteurs en réseau seront réunis en un système global intégré. Les systèmes de protection active joueront le rôle de dernier niveau de défense cinétique, tandis que les systèmes soft kill et les capteurs d’alerte précoce agiront en amont.
La mise en réseau de plusieurs véhicules permettra d’identifier et de combattre collectivement les menaces. À long terme, ces systèmes permettront également une défense coordonnée contre les attaques en essaim. Les défis restent l’intégration, les coûts, l’interopérabilité et la formation.
Résumé
Les véhicules aériens sans pilote ont radicalement modifié les risques auxquels sont exposés les véhicules terrestres militaires. Peu onéreux, très précis et faisant l’objet d’un développement technologique rapide, les drones constituent un défi permanent. Une défense efficace nécessite des concepts de protection intégrés qui combinent intelligemment la fusion des capteurs, l’automatisation, ainsi que les mesures soft kill et hard kill. Cette intégration est la seule façon de garantir la viabilité à long terme des forces mécanisées.
Mehler Protection répond à ces risques en proposant un système de protection active innovant spécialement conçu pour les zones proches et très proches. SCILT mise sur les effecteurs disponibles sur le marché pour repousser efficacement et à moindre coût les petits drones et les essaims de drones.
Images et graphiques
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